"J’ai une inspiration positive : les garçons sont bien concentrés et à fond dans leur projet. J’ai vraiment hâte d’être à Ostrava." Propos de Stéphane Hucliez, cinq jours avant l’ouverture de l’épreuve. "En 2010, on visera la médaille par équipes", avait dit aussi le coach des garçons à son arrivée au poste de capitaine des seniors, en 2008. Les larmes n’ont pas mis longtemps à inonder le bleu de ses yeux. Le coach visionnaire connaît bien ses garçons et fondait beaucoup d’espoir sur la jeune génération sacrée championne d’Europe juniors à Prague, le trio Mattenet-Lebesson-Salifou (avec aussi Baubet et Debruyères).
Ses effets d’annonce ont été suivi de faits. Trois victoires probantes en poule, face à la Biélorussie, l’Espagne puis la Roumanie, avant de concrétiser face à la Croatie ce soir à Ostrava. Les Bleus renouent enfin avec le podium européen, huit ans après que Patrick Chila, Damien Eloi, Christophe Legoût, Eric Varin et Cédric Cabestany aient grappillé le bronze à Zagreb alors que la Suède était encore sur le toit de l’Europe. Patrick Birocheau, Michel Gadal, Michel Blondel sur le banc, tous ont été aux affaires et ont remporté des médailles. Ils savent plus que quiconque l’extrême difficulté à réaliser des performances, quel que soit le talent des joueurs, à saisir les opportunités, à les transformer en métal. Les grincheux diront qu’en dehors de l’Allemagne, il n’y a pas d’équipes impressionnantes. L’équipe de France possède - seulement - deux jours du top 100 mondial et deux top 150. Des formations comme la Biélorussie, la Roumanie et aujourd’hui la Croatie, toutes dotées d’un leader fort et d’un coéquipier solide, sont passées à la trappe face aux Bleus. La Biélorussie, sortie deuxième du groupe derrière la France, s’est qualifiée aussi pour les demies en battant l’Autriche et ses trois joueurs du Top 40 dont un certain Werner Schlager... Cela donne plus de relief encore à la performance des Français. Les Biélorusses affronteront dans l’autre demie des Tchèques heureux vainqueur du voisin russe.
Ce soir, comme samedi et dimanche, c’est la même recette qui a fonctionné : un trio soigneusement choisi et couché sur la feuille de match pour un scénario longtemps pensé. Hucliez ne s’est pas trompé dans ses choix, lui qui a franchi les étapes depuis l’équipe de France cadets jusqu’aux seniors. En fin limier, il conserve ces joueurs sous pression mais avec affection. C’est face à l’Allemagne, à Saint-Pétersbourg, que le trio Lebesson-Mattenet-Salifou (avec toujours Legoût) était mis aux responsabilités. Les Bleuets avaient inquiété l’Allemagne : victoire de Lebesson sur Ovtcharov plus deux balles de match sur Boll. Des actes fondateurs qui pourraient servir pour affronter demain l’ogre de la compétition : une Allemagne sereine qui est la seule formation mondiale à inquiéter la Chine.
Avec Zoran Primorac, les Croates espéraient faire le plein de points. Le leader croate, ex numéro 2 mondial, fit parler l’expérience en s’imposant face à Adrien Mattenet. Une victoire obtenue en quatre manches avec trois sets sur la plus étroite des marges. Les Bleus n’avaient plus le droit à l’erreur : faire le plein de points (trois !) avant un choc Primorac-Legoût à l’avantage du premier. Justement Christophe Legoût mis toute son expérience sur la table face au solide Andrej Gacina. Avec aussi trois sets remportés sur le plus faible des marges, le match était acharné. Legoût imita Primo pour s’imposer en quatre sets.
Emmanuel Lebesson connaissait sa mission : battre Kolarek pour croire plus fort encore au podium. L’expérience de la veille, une victoire laborieuse sur le modeste roumain Szocs, l’aida à vaincre son appréhension Le Levalloisien s’appropria la victoire aussi en quatre manches. Avec un point d’avance (2-1), la rencontre tournait favorablement pour des Bleus impatients de redonner du lustre au ping tricolore. Mattenet revint dans l’aire de jeu pour affronter son copain Gacina. En ligue Européenne, sous les caméras de FFTT.TV en 2009, il avait battu Gacina dans la salle de son club de Pontoise-Cergy. Une référence très positive face à un joueur mieux classé. Il mena 1 set à 0 et 8-5 avant d’éprouver les pires difficultés à continuer à repousser les assauts de son adversaire. Le match basculait en faveur du Croate : Gacina menait 2 à 1 et semblait avoir la partie en mains après un troisième set remporté aux avantages (13/11). Adrien Mattenet trouva l’énergie pour se reconcentrer, refaire les bons choix, jouer plus juste encore et revenir dans la partie. Legoût hurlait à en perdre la voix, le banc se levait à chacun des points, pour pousser avec le grand. Le gain du quatrième set puis un bon départ à la belle (7-4) rapprochait plus encore les Bleus du podium dans une rencontre qui s’éternisait - près de 03h -. Les deux garçons se rendaient coup pour coup dans une tension énorme pour se retrouver à 9 partout. Service en main, Adrien concluait dès sa première balle de rencontre (10-9), avec une balle qui finissait sur le filet pour rouler sur la table d’un Gacina effondré.
Déclarations :
Stéphane Hucliez : Ce soir on va savourer car on a atteint un premier objectif. On est vraiment heureux d’aller sur le podium. On bosse au quotidien pour vivre des moments comme ceux-là. On a eu une période délicate d’apprentissage et la différence aujourd’hui c’est que les garçons ont appris.. Comme à Moscou en mai dernier avec la 19ème place. Il y a deux ans, fixer une médaille en 2008, c’était élevé. Mais j’estimais que c’était réalisable. Les Français sont capables d’exploits dans tous les sports avec une super rencontre à jouer en demies face à une Allemagne grandissime favorite. Maintenant il va falloir aller chercher. Bravo aux gars mais ce n’est pas fini.
Adrien Mattenet : C’est un état d’euphorie. Depuis 2002 la France n’avait pas atteint les quarts. Cela fait trois de suite que je termine les matches. J’ai beaucoup de chance. C’est dommage j’ai gratté a balle de match mais c’était un combat à la loyale avec Gacina que je respecte beaucoup. Nous sommes de la même génération et tous les deux nous étions assez loin en juniors. Donc comme c’est une gratte je ne peux pas exploser tout de suite. Avant cette balle de match, j’ai pensé fort à l’enjeu. Je n’en pouvais plus. Je me suis dit : "Vas-y fonce !" Mes coéquipiers étaient tellement contents. Je finis mais cette victoire elle est à nous tous. Avec mes coéquipiers, il y a des échanges du regard qui sont fantastiques.
Christophe Legoût : C’est vrai qu’on sentait que c’était possible. Il faut aussi de la réussite, à l’image de la dernière balle de Dédé. A 9-9 à la belle avec tout ce qu’il fait au quotidien Dédé mérite que ça tourne pour lui. Voilà... (je n’ai plus de voix). Il n’y a pas de leader mais on est très homogène avec un n°3 souvent plus fort que l’équipe adverse. J’ai envie de tirer un coup de chapeau à Lebess qui a joué dans cette position, souvent à un partout et face à un adversaire présumé plus faible. Pour avoir été souvent dans cette position avec les Mousquetaires, je sais combien c’est difficile et il a su faire son point quand il fallait.
Emmanuel Lebesson : Au départ de la compétition on se sentait tous bien. On avait raté les Monde à Moscou, on termine 19ème alors qu’on se sentait bien ! On a eu un peu de réussite à l’image de cette balle de match. Si Stéphane pouvait toujours nous prévoir de telles choses. Une médaille, c’est vraiment super. Sur chaque rencontre, on apporte tous un point. J’étais très tendu en position 3, cela devient un peu mon rôle. Ce n’est jamais facile de jouer à 1 partout mais toute l’équipe m’a mis dans de bonnes conditions. Avec Damien l’an passé, c’était une superbe aventure et cette année c’est encore une autre émotion, une belle histoire avec les joueurs et le staff, et tous ceux qui sont derrière nous.
Abdel-Kader Salifou : On peut vraiment parler d’une médaille collective. Notre différence avec les autres équipes c’est que nous n’avons un gros leader. Notre chance c’est notre homogénéité avec nos jeux spécifiques. Sur certains joueurs, c’est difficile mais on a su aller chercher les points comme aujourd’hui sur Gacina avec Chris et Adrien. On ne peut pas compter que sur trois ou quatre joueurs. Il ne faut pas oublier Simon qui est important dans le groupe.
France - Croatie : 3-1
Adrien Mattenet (n°80) - Zoran Primorac (n°39) 1/3 (10/12 10/12 14/12 8/11) // Christophe Legoût (n°54) - Andrej Gacina (n°58) 3/1 (12/10 7/11 11/9 11/9) // Emmanuel Lebesson (n°144) - Tomislav Kolarek (n°232) 3/1 (12/10 7/11 11/9 11/3) // Adrien Mattenet (n°80) - Andrej Gacina (n°58) 3/2 (11/5 9/11 11/13 11/8 11/9)
Équipe de France et Allemagne
Joueurs : Christophe Legoût (Istres Ouest Provence, n°54 mondial), Adrien Mattenet (AS Pontoise-Cergy, n°80), Abdel-Kader Salifou (EP Isséenne, n°125), Emmanuel Lebesson (Levallois SCTT, n°144), Simon Gauzy (Levallois SCTT, n°264) Capitaine : Stéphane Hucliez
Allemagne : Timo Boll (n°2) - Dimitrij Ovtcharov (n°13) - Christian Suss (n°21) - Patrick Baum (n°50) - Patrick Franziska (n°207)
Épreuve par équipes masculine - Superdivision
Groupe A : Allemagne - République tchèque - Pologne - Grèce Groupe B : Danemark - Suède - Russie - Angleterre Groupe C : Autriche - Croatie - Serbie - Portugal Groupe D : Roumanie - Biélorussie - Espagne - France
Résultats : Samedi 11 septembre à 16h : France - Biélorussie : 3-2 et Espagne - Roumanie : 1-3 Dimanche 12 septembre à 11h : France - Espagne : 3-2 et Roumanie - Biélorussie : 2-3 Dimanche 12 septembre à 20h : France - Roumanie : 3-2 et Biélorussie - Espagne : 3-2 Classement : 1. France 2. Biélorussie 3. Roumanie 4. Espagne
Programme et résultats : Quarts de finale Allemagne - Suède : 3-0 France - Croatie : 3-1 Autriche - Biélorussie : 2-3 République tchèque - Russie : 3-2
Mardi 14 septembre Demi-finales à 16h : République tchèque - Biélorussie à 18h30 : France - Allemagne
Mercredi 15 septembre à 18h30 : Finale
Tiré du site www.fftt.com











